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Deux appels pour la Fraternité


L’appel de 100 personnalités pour une fraternité nationale et universelle

Liberté, Égalité, Fraternité ? La France arbore fièrement une devise connue bien au-delà de ses frontières. La liberté permet, l’égalité protège, la fraternité harmonise. Si la liberté et l’égalité sont garanties par des droits et protégées par la justice, la fraternité est trop souvent orpheline de lois, de mesures, d’incitations ou de garanties assurant sa mise en œuvre dans la société française.

Pourtant, promouvoir la Fraternité est la façon la plus accomplie de favoriser la cohésion nationale. C’est une invitation à se comporter vis-à-vis des autres citoyens comme dans une fratrie qui accepte inconditionnellement une relation de proximité et d’empathie entre des personnes qui ne se sont pas choisies. C’est un appel à prendre conscience que la Fraternité renvoie à l’interdépendance des membres de la famille humaine.

Intellectuels, entrepreneurs, artistes, militants associatifs, représentants politiques, citoyens, nous partageons cette conviction non seulement comme une idée commune, mais surtout comme une pratique à transmettre et une méthode, une politique à développer. Pour redonner toutes ses lettres de noblesse à la Fraternité, commençons par entendre et faire entendre que notre immense diversité construit aussi notre profonde unité. Être fraternels en citoyenneté implique de ne pas choisir entre le commun et le singulier, entre l’identité et l’altérité. Car la France est à la fois une et plurielle, à la fois unie et diverse.

Afin que la Fraternité ne reste pas un vœu pieu, 14 organisations ont impulsé un collectif, le Labo de la Fraternité, pour étudier l’état de la cohésion en France et promouvoir leurs solutions et celles des citoyens. Fondé il y a deux ans au lendemain des attentats, le Labo a décidé de publier chaque année, le 16 mai, un baromètre inédit pour mesurer l’état du lien social en France.

Publié à l’occasion de la première Journée Internationale du Vivre Ensemble dans la Paix, ce premier baromètre de la Fraternité, réalisé par OpinionWay auprès d’un échantillon de 1024 personnes représentatif de la population française pour le Labo de la Fraternité, soutenu par la Fondation Macif, révèle un indice de fraternité de 52%. Il semble que nous soyons à la croisée des chemins, entre repli sur soi et ouverture.

Pour les Français, la France est un pays de diversité (85%), considérée comme une chance (76%) et un enrichissement national et individuel. Les Français estiment également important de côtoyer des personnes différentes d’eux, même si cet engagement est souvent ponctuel, par manque d’occasions et de temps. Ils peuvent faire preuve de méfiance à l’égard d’autrui, estimant à 64% qu’on n’est jamais assez prudent quand on a affaire aux autres (contre moins de 30% en Scandinavie). Même s’ils s’estiment parfois victimes de discriminations (20%), les Français ne sont pas pour autant radicalement fermés à la différence. Ils ont globalement une bonne opinion des autres (85%) et font preuve d’empathie. Enfin, ce baromètre montre une réelle volonté de s’ouvrir davantage aux autres.

Pour répondre à cette volonté d’ouverture, et faire entrer la Fraternité dans nos vies et enrichir notre quotidien, non pas comme une idée théorique mais comme une réalité pratique, nous appelons aujourd’hui le gouvernement et le Président de la République à mettre en œuvre 5 propositions concrètes pour faire vivre la Fraternité et faire battre le cœur de la famille française :

  • En ce 16 mai, à l’occasion de la 1ère édition de la Journée Internationale du Vivre Ensemble en Paix, selon la décision des Nations Unies, nous appelons toutes les forces de l’engagement politique, citoyen, économique ou culturel, à faire de cette journée une fête française de la Fraternité et à la renouveler chaque année.
  • Quoi de plus puissant que d’agir ensemble au service des autres pour renforcer la fraternité ? Nous appelons à une généralisation du Service Civique, pour qu’il devienne naturel que tous les jeunes, quel que soit leur parcours (décrocheurs scolaires, demandeurs d’asile...), consacrent une étape de leur vie à la solidarité. Cela doit permettre de faire émerger une société d’individus responsables et solidaires mais aussi respectueux de leurs différences et capables de faire de cette différence une richesse.
  • Quoi de plus stimulant que de débattre publiquement des valeurs qui nous réunissent et de leur déclinaison au quotidien ? Nous proposons des Etats généraux de la Fraternité préparés notamment par des consultations citoyennes, et de faire de la fraternité un critère de mesure de l’efficacité des politiques et des services publics. Cela implique de donner des moyens à cette valeur, en la confiant à un ministère existant.
  • Vivre ensemble et être fraternel, cela s’apprend. Nous appelons à développer les réseaux d’éducation informelle (associations, éducation populaire) qui permettent, par la rencontre, d’acquérir les savoirs, savoir-être, savoir-vivre nécessaires à la vie en société. Nous appelons également à développer une nouvelle image de la différence dans l’éducation formelle, à savoir l’enseignement laïque du fait religieux à l’école et l'apprentissage du débat pour développer l’empathie et la compréhension d’autrui.
  • Dans tous les espaces de notre vie quotidienne, la fraternité doit pouvoir s’incarner par diverses mesures concrètes : nous soutenons la défiscalisation de l’accueil de personnes réfugiées pour les familles accueillantes (proposition émise au sein du Rapport Taché, remis au ministre de l’intérieur en février dernier). Cela passe aussi par la mise en place d’un label pour recenser les tiers lieux (cafés, bars, coworkings, …) qui se donnent les moyens de créer du lien de manière fraternelle (programmation citoyenne, inclusion des personnes plus vulnérables, …). Nous appelons également à l’accueil digne des personnes qui demandent l’hospitalité.

Signataires de cette tribune, nous adressons au Président de la République, aux assemblées, aux autorités politiques, judiciaires, militaires, religieuses, spirituelles, aux institutions, à tous les citoyens, le vœu que nous osions la Fraternité, que nous ayons le courage d’en débattre ouvertement, et surtout d’oser la décliner dans toutes nos vies, privée, professionnelle, et politique.

Nous pensons que c’est un puissant ferment pour le bonheur individuel, pour notre vivre ensemble, à la condition que notre Fraternité nationale se fasse dans le respect de notre tradition d’accueil de l’autre.

Vive la Fraternité nationale et universelle…. et heureuse !

"Osons la fraternité": l'appel de 30 écrivains et intellectuels pour les migrants

Le prix Nobel de littérature Jean-Marie Le Clézio, l'ancienne Garde des Sceaux Christiane Taubira ou encore l'historien Pascal Blanchard font partie des 30 personnalités a lancé un appel à la fraternité en faveur des migrants. 

A travers récits ou témoignages, faits historiques ou dessins, poèmes ou manifestes, trente écrivains et intellectuels lancent un appel à la fraternité et se placent "aux côtés des migrants" dans un livre publié aux éditions Philippe Rey, avec le festival "Etonnants Voyageurs" qui s'ouvre samedi à Saint-Malo.

"Le monde est en train de perdre la quatrième guerre mondiale contre lui-même". 

Le prix Nobel de littérature, Jean-Marie Le Clézio, relate ses réflexions sur ces années de petite enfance passées caché avec sa famille dans un village des Alpes-Maritimes pour échapper à la déportation par les Allemands. L'Italien de Trieste, Claudio Magris, considère que "le monde est en train de perdre la quatrième guerre mondiale (...) contre lui-même", et que l'Europe fait fausse route en n'affrontant pas "unitairement la situation au lieu d'en laisser la gestion à chacun des pays qui la composent". Il rappelle que l'Histoire est faite de migrations et que la civilisation romaine a été "fondée par une réfugié étranger, Enée", venu d'Asie Mineure.

L'historien Pascal Blanchard expose sa surprise en découvrant par hasard, lors d'un voyage aux Etats-Unis, l'opération "Wetback", sous la présidence du Républicain "Ike" Eisenhower (1953-1961) qui s'est soldée par l'expulsion ou le départ sous la pression de millions de Mexicains. Une opération qui résonne étrangement avec la volonté exprimée par Donald Trump d'expulser des Mexicains illégaux et de construire un mur à la frontière. Quant à Mireille Delmas-Marty, professeure au Collège de France, elle propose un "Manifeste pour une mondialité apaisée".

Les 70 ans de la Déclaration universelle des droits de l'homme. 

Elle formule le souhait, pour les 70 ans de la Déclaration universelle des droits de l'homme, de voir les signataires "saisir cette occasion pour donner force juridique au principe d'hospitalité universel et organiser une gouvernance mondiale des mobilités humaines". Un traité "ne sera évidemment pas suffisant (...) mais il peut contribuer à inverser la mouvement de repli sur des sociétés de la peur qui, croyant se protéger, ne font que favoriser la fragmentation du monde", écrit-elle.

Lire les appels dans leur intégralité et voir la liste des signataires :

Appel des 100 personnalités sur Ouest-France

Appel des 30 personnalités sur Europe 1

EN LIEN AVEC NOTRE ATELIER PHILO DU 18 JANVIER 2016 SUR LA FRATERNITÉ À L'ÉPREUVE DE LA MODERNITÉ