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Le mot dire

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LÀ OÙ LA PHILO MÈNE

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BD de Jacky Arlettaz et Frédéric Baylot

Les mots du pouvoir

Il y a 70 ans paraissait le roman 1984, de George Orwell. Dans ce livre, un régime totalitaire modifie le langage pour s’assurer du contrôle des masses. George Orwell y montre comment les mots peuvent devenir un instrument de domination. Afin de s’assurer le contrôle des esprits, les autorités ont créé cette novlangue (newspeak), censée remplacer l’anglais traditionnel (oldspeak).

Jean-Jacques Rosat, professeur de philosophie : "Il y a deux volets dans cette entreprise. Le premier concerne le langage courant. Il est extrêmement appauvri, il n’y a plus de distinction entre les mots et les verbes. On déshabille les mots de toutes les significations secondaires. C’est presque un monosyllabe, une idée.

Et puis un deuxième volet, plus intéressant, l’invention d’un certain nombre de mots qu’Orwell appelle des “blanket words”, des mots-couvertures. Ce sont des mots très généraux comme par exemple “crimethink”, “pensée criminelle”ou “oldthink”, ”vieille pensée” qui vont recouvrir tout un ensemble de concepts anciens pour pouvoir les étouffer et les remplacer. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que ce n’est pas de la censure. La censure ça consiste à interdire de prononcer un mot. Le but là, c’est de vous enlever cette pensée de la tête."

Pour écrire 1984, Orwell s’inspire de l’expérience stalinienne en URSS et de la propagande du IIIe Reich en Allemagne. Mais il regarde aussi chez lui au Royaume-Uni, à son époque. Dans un essai publié en 1946, La Politique et la langue anglaise, il montre comment le discours politique ambiant appauvrit la langue et en corrompt le sens. "Tout ce vocabulaire-là empêche de penser." (JJ Rosat)

Orwell donne des conseils au lecteur pour ne pas se laisser manipuler par les mots. "Pensez à ce que vous dites, essayez de ne dire que des choses que vous pensez et qui ont du sens. Défiez-vous farouchement de toutes les mécaniques de langage dans lesquelles c’est la langue qui pense à votre place, donc d’autres que vous qui pensent à votre place. Si vous faites ce travail sur vous-même, ça ne changera pas la société du jour au lendemain mais c’est une condition pour la démocratie et pour une société humaine." (JJ Rosat)

Le pouvoir des mots

La parole possède donc un énorme potentiel, pour le meilleur et pour le pire.

On a depuis longtemps conscience du pouvoir des mots, et c‘était déjà le cas du temps où on se servait des exhortations et des formules magiques pour jeter des sorts ou, à l’inverse, pour désenvoûter. Même si de nos jours, à l’heure où la raison et la technologie dominent, on ne croit plus vraiment à la magie, on reconnait en tout cas que les mots peuvent avoir des conséquences importantes, car on sait tous qu’il existe une étroite relation entre les pensées, les mots et les actes.

Même si les mots n’affectent pas physiquement, si on en abuse, ils peuvent causer de sérieux dégâts émotionnels, si bien que la psychologie considère que l’abus verbal est aussi nuisible que tout autre type de maltraitance, soit-elle physique ou sexuelle.

Quand nos mots ne sont encore que des pensées, demandez-vous si ce que vous voulez dire va être constructif, que ce soit pour vous ou pour les autres ; si vos mots vont représenter une contribution positive ou si, au contraire, ils vont affaiblir les personnes qui vous entourent ou les relations que vous entretenez, voire même leur nuire.

D’autre part, le langage remplit une fonction communicative vitale, c’est pourquoi il n’est pas sain de réprimer ce que l’on pense et ce que l’on ressent. Dans les moments de négativité, de haine ou de douleur, non seulement on a le droit de s’exprimer, mais les autres ont aussi le droit d’être traités avec respect. Pour y arriver, la clé, c’est l’assertivité, cet équilibre merveilleux qui s’acquiert en communiquant de manière authentique et constructive ce que l’on pense et ce que l’on ressent.

Aucun mot ne fait le poids face aux malheurs des hommes réels. «J'ai vu des enfants mourir de faim. En face d'un enfant qui meurt, La Nausée ne fait pas le poids.»  (Sartre

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