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Hep Taxi (16)


HEP TAXI!

Le temps du confinement nous impose une clôture spatiale et nous laisse du temps pour cheminer avec cette fée du logis qui est l'imagination. Mais que diriez vous d'un voyage à l'aventure à travers une histoire. Si vous êtes partants, un taxi vous attend devant chez vous. Bon voyage!

Hep   Taxi -16-

    • Une semaine? cria Flore, c'est génial!...même si cette semaine va être longue sans toi. Mais c'est super! Je vais tout de suite réfléchir où on pourrait aller, cela va m'occuper.

    • Je n'ai pas voulu te réveiller ce matin, tu dormais tellement profondément.

    • J'ai vu que tu n'avais même pas pris le temps de déjeuner. Il n'y avait rien sur la table. Qu'est ce que tu veux manger ce soir?

    • On verra! Ne t'inquiète pas pour ça! Il faut que j'y aille. Bisous, chérie

  La semaine qui suivit ne fut pas une semaine ordinaire; plutôt une semaine de travail continu. Flore alterna sans relâche, les réunions avec ses collègues du lycée ou, dès le moindre temps libre, le rangement de l'appartement et la préparation des valises. La littérature lui pesait moins que les tâches ménagères: lavage, repassage, sont bien les deux mamelles de la femme pensa-t-elle.

  Philippe, pendant ce temps, entre deux courses, dévorait goulûment les romans d'Emile Raja. Il lisait, relisait les passages qu'il appréciait particulièrement. Il avait même, et ce n'était pas dans ses habitudes, branché le GPS, lui qui trouvait que cette invention dénaturait le métier de chauffeur de taxi, pour se laisser guider et ne pas réfléchir aux destinations demandées par les clients. Pendant ce temps, son esprit pouvait vagabonder avec les personnages qu'il aimait habiter. Il lui arrivait de leur faire vivre une autre histoire, ou de mélanger les personnages d'un roman à l'autre. Il s'amusait à copier son style, et inventait des phrases qui ressemblaient à l'original.

 Cela l'amusait et surtout le rapprochait de Flore. 

 Il s'imaginait en Anton, au fond des mers, en train de capturer des sons pour pouvoir en identifier l'origine. Quel bateau? Quelle nationalité? Quel armement? Musicologue des océans, voilà un beau métier!....ou alors il s'imaginait en Bruno, le héros du roman «Il était une fois la nuit» qui refait le monde contre vents et marées. 

 Et pourquoi ne s'inventerait-il pas auteur de roman ? Mais non, trop rationnel, pensa-t-il! Et puis qu'aurais je à raconter à cette page blanche qui m'interpelle? Un écrit vain de plus? Et comment commencer? On n'apprend pas à commencer, disait Jankélevitch! Mais cette idée faisait tout de même son chemin dans sa tête au point de se lancer dans un scénario  délirant dont il allait s'amuser.

 «Tout d'abord, moi, écrivain, (pour parodier un président), je réunirai tous les mots que je connais et les mettrai en désordre sur le pont d'un bateau. Je grimperai sur le bastingage et leur montrerai la ligne d'horizon comme étant la dernière ligne du roman. Malgré leurs différences, je leur suggérerai de s'entraider, de partager, et de vivre harmonieusement  l'inconfort de l'espace réduit d'une phrase. Ils trouveront d'eux-mêmes l'ordre dans lequel ils doivent s'aligner. Je pense que les beaux récits sont faits de mots qui apprécient de vivre ensemble, l'un près de l'autre, l'un au service de l'autre, pour le bien commun. Mais attention, j'exigerai de la tenue et du respect! Je demanderai à ceux qui ont le verbe haut d'être plus discrets, aux noms communs de ne pas éclabousser les noms propres, aux majuscules d'être moins prétentieuses. Les pluriels devront être plus singuliers. Je rappellerai aux propositions de ne pas chercher à n'être que principales: la parole doit être partagée avec les subordonnées!  

À SUIVRE....

(LIRE TOUS LES ÉPISODES ICI)

JACKY ARLETTAZ