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Albert Einstein / Sigmund Freud : Pourquoi la guerre (Rivages poche, 2005 [1933])



Albert Einstein / Sigmund Freud : Pourquoi la guerre (Rivages poche, 2005 [1933])



En 1933, à l’initiative de la Société des Nations, Albert Einstein et Sigmund Freud échangent une correspondance, publiée sous le titre « Pourquoi la guerre ? ». Ce texte s'inscrit dans le contexte troublé de l'Europe, alors en proie à la montée des tensions, notamment avec l'arrivée des nazis au pouvoir. Bien que la correspondance soit brève, elle offre des réflexions sur les causes de la guerre et la nature humaine.



Einstein, dans sa lettre, très courte, questionne les moyens d'affranchir l'humanité du fléau de la guerre. Il plaide pour une autorité législative internationale capable de résoudre les conflits par la force sans recourir à la violence. Cependant, il est lucide quant à la difficulté de cette tâche. Les gouvernements, souvent motivés par un appétit de pouvoir, hésitent à renoncer à leur souveraineté. Einstein souligne une contradiction : la majorité, soumise par une minorité dominante, subit les conséquences dévastatrices des guerres1.



Freud, pour sa part, étoffe son analyse des motivations humaines. Il déplace le débat de la simple violence à des concepts plus profonds comme l'instinct. Il introduit l'idée d'Éros et Thanatos : l'amour et la haine coexistent et sont essentiels à l'expérience humaine. Il considère que les lois sont souvent le produit de ceux qui détiennent le pouvoir, engendrant des inégalités. Freud rejoint Einstein en suggérant la nécessité d'une autorité centrale qui ait des moyens de cohercition pour gérer les conflits, tout en plaidant pour que le penchant destructeur de l'homme soit canalisé de manière constructive.



Les deux penseurs conviennent que des solutions doivent être envisagées au-delà des approches politiques traditionnelles, intégrant l'éducation, la culture et la réflexion philosophique. En fin de compte, leurs réflexions vont au-delà de la simple question de la guerre, invitant à une introspection sur la nature humaine elle-même.



1Einstein pourrait relire « De la servitude volontaire » de la Boétie pour voir que celui qui exerce le pouvoir est toujours seul et qu’il suffit à la masse de dire « non » et de ne pas participer (« désobéissance civile » comme prônée par Thoreau puis Gandhi)