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Dans L’Odyssée, les femmes occupent des rôles multiples, oscillant entre séduction, ruse, autorité et soumission. Pénélope incarne la fidélité, mais aussi l’intelligence politique : en tissant et détissant sa toile, elle contrôle le temps, déjoue les prétendants et maintient l’équilibre d’Ithaque. Calypso et Circé, figures de la tentation, disposent d’un pouvoir magique et sensuel, mais restent soumises aux décisions des dieux masculins. À l’inverse, Athéna domine par la stratégie : véritable guide d’Ulysse et de Télémaque, elle agit comme protectrice, tacticienne et manipulatrice.
L’absence d’Ulysse révèle un pouvoir féminin indirect mais réel. Pénélope gouverne par la ruse, Télémaque peine à s’imposer, et les prétendants tentent d’occuper un vide politique qu’ils ne légitiment pas. Le retour du héros rétablit brutalement l’ordre patriarcal : la fidélité féminine est exigée, tandis que les écarts masculins (les aventures d’Ulysse) restent tolérés.
Comparée à notre époque, cette asymétrie interroge. Les rôles amoureux y sont genrés : l’attente pour les femmes, la conquête pour les hommes. Aujourd’hui, les rapports sont plus équilibrés, même si des traces de ces archétypes persistent encore largement, de la charge mentale aux attentes différenciées en matière de fidélité.
Les philosophes offrent des lectures variées : Platon universalise l’amour mais maintient des hiérarchies, Rousseau renforce les rôles traditionnels des genres, les stoïciens prônent l’égalité morale sans remettre en cause la société patriarcale. Peu, avant le XXᵉ siècle, interrogent réellement la domination masculine.
L’Odyssée révèle ainsi une tension durable : un pouvoir féminin subtil mais limité, face à une autorité masculine directe et violente. Une dynamique dont les échos résonnent encore aujourd’hui.