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Obsolescence programmée vs environnement


L’obsolescence programmée ou l’arme absolue du consumérisme contre l’environnement

Avez-vous déjà regardé votre lave-linge en vous demandant quand il allait vous lâcher ? Ou bien vu ces publicités pour le dernier smartphone rendant à chaque fois le vôtre un peu plus dépassé ? Derrière cela se cache le principe d’obsolescence programmée, une technique pas très éthique.

Qu’est-ce que l’Obsolescence Programmée ?

La loi définit l’obsolescence programmée comme « l’ensemble des techniques par lesquelles un metteur sur le marché vise à réduire délibérément la durée de vie d’un produit pour en augmenter le taux de remplacement. » Le concept n’est pas nouveau puisqu’elle a commencé dans les années 20 lorsqu’un cartel d’industriels fabricants d’ampoules (le cartel de Phoebus) s’est réuni pour s’accorder à faire baisser la durée de vie de celles-ci.

Mais on a attendu presque 100 ans pour qu’elle soit considérée comme un délit (depuis 2015 : 2 ans d’emprisonnement et €300 000 d’amende) ! Et il y a des avancées sur le sujet puisqu’à la suite d’une plainte de l’association Halte à l’Obsolescence Programmée, fin 2017, Apple a dû payer une amende de 25 millions d’euros. L’association dénonçait les ralentissements et autres dysfonctionnements rencontrés par les iPhones 6, 6S, SE et 7 du fait de la mise à jour du système d’exploitation. Ces ralentissements, concomitants à la sortie des modèles 8 et X ont conduit de nombreux utilisateurs à remplacer leur appareil. Une autre plainte est actuellement en cours d’instruction contre le fabricant d’imprimantes Epson concernant notamment l’incitation à changer les cartouches d’encre lorsqu’il resterait en réalité 20% à 40% d’encre disponible lorsque le message s’affiche (à plus de €2000/litre on comprend vite l’intérêt financier !).

Il existe plusieurs types d’obsolescence programmée

  • Technique : On rencontre aussi ce type d’OP avec les batteries soudées aux appareils électroniques qui en rendent le remplacement impossible et nécessitent le changement de tout l’appareil ou bien des appareils programmés pour durer un certain nombre d’usages. Elle peut aussi être indirecte et causée par l’incompatibilité d’accessoires entre les différentes version d’un objet (les chargeurs de smartphone). Et la tendance est nette : Selon l’Agence Fédérale Allemande pour l’environnement (UBA)et l’institut de recherche Öko-Institut, la durée de vie des appareils électroniques a été divisée par deux en 25 ans. Mais elle ne concerne pas que ces derniers, les collants étaient il y a 70 ans, bien plus résistants qu’aujourd’hui, des procédés industriels ont été spécialement mis en place pour assurer que les mailles soient moins résistantes.
  • Esthétique : Elle est aussi appelée culturelle ou psychologique. Celle-ci va surtout concerner la mode et les tendances que l’on suit et qui nous poussent à renouveler des produits avant qu’ils ne soient hors d’usage. Elle peut concerner un vaste éventail d’objets, des smartphones aux vêtements.
  • Logicielle : C’est lorsque des mises à jour d’appareils en ralentissent le fonctionnement jusqu’à forcer son utilisateur à remplacer l’objet.

Le triptyque infernal

Serge Latouche, dans son ouvrage « Bon pour la casse », écrit : « trois ingrédients (la publicité, le crédit à la consommation et l’obsolescence programmée) sont nécessaires pour que la société de consommation puisse poursuivre sa ronde diabolique : la publicité crée le désir de consommer, le crédit en donne les moyens et l’obsolescence programmée en renouvelle la nécessité ». Ce triptyque infernal de consommation souligne l’importance de prendre conscience de l’emprise de la « persuasion clandestine » (dans le cas de l’OP psychologique) dont nous sommes victimes et qui nous pousse à consommer. Il ajoute « avec l’OP, la société de croissance possède l’arme absolue du consumérisme. On peut résister à la publicité, refuser de prendre un crédit, mais on est généralement désarmé face à la défaillance technique d’un produit. »

À l’origine, l’OP a été envisagée comme créatrice de valeur. Bernard London, un agent immobilier américain auteur en 1932 d’un document appelé “Ending the Depression Through Planned Obsolescence”, défend l’OP comme un moyen de relancer l’économie. En effet, on peut comprendre que dans le contexte post crise de 1929, la consommation ait été une priorité. Mais en 2020, même si la crise économique plane toujours, le contexte environnemental est bien différent. Les fabricants se dressent malgré tout contre toute initiative gouvernementale, poussée par les consommateurs responsables, visant à réduire cette boulimie d’achats. Très récemment, parmi les propositions de la Convention sur le Climat, il y en a 3 qui proposent de réduire les incitations à consommer. Apprenant ceci « les publicitaires ont sauté au plafond » et on s’attend à un lobbying intense de leur part pour maintenir leur soif de croissance.

L’OP est donc un moyen pour les industries de continuer de croître et de nous faire consommer dans le déni total de l’éthique et de la situation de crise écologique dans laquelle nous vivons. Or :

  • « Celui qui croit que la croissance peut être infinie dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste ». (Kenneth Boulding, économiste, poète et pacifiste)

Les impacts environnementaux

Il n’est pas seulement question d’un objet à remplacer de temps mais de centaines de milliers d’objets qui sont jetés alors qu’ils pourraient encore servir. C’est un problème écologique majeur car cela impacte d’une part l’aval par la génération de déchets. Les D3E (déchets d'équipements électriques et électroniques ), particulièrement causés par l’OP, sont difficiles à recycler et ces biens pour 70% d’entre eux sont incinérés, enfouis ou traités dans des filières informelles. Et parmi les 30% restants qui font partie de la collecte sélective, seulement 2% sont réemployés. D’autre part, cela impact aussi et surtout l’amont et toutes les étapes qui ont précédé la mise à disposition d’un produit entre vos mains.

Chaque nouveau produit fabriqué nécessite : extraction de matière (pollution de l’environnement, surexploitation de ressources, conditions de travail parfois critiquables), fabrication, vente et distribution (pollution liée aux transports, garanties commerciales, SAV, marketing), et enfin, accumulation de déchets non recyclables et gaspillage des ressources.

Selon l’association HOP, la phase de fabrication peut aller jusqu’à 80% de l’empreinte écologique du cycle de vie d’un produit (le sac à dos écologique des objets). Nos téléphones portables à eux seuls, peuvent contenir jusqu’à 12 métaux différents, représentant environ 25% du poids total des appareils.

Dans l’industrie textile, qui vit de l’obsolescence psychologique, notons que l’on achète 60% de vêtements en plus qu’il y a 15 ans, tout en les conservant deux fois moins longtemps. Les enseignes de mode surproduisent, jusqu’à 24 collections par an chez Zara. Or, l’industrie de la mode est l’une des plus polluantes (forte consommation de ressources — 93 milliards de litres d’eau, explosion de l’utilisation de fibres synthétiques telles que le polyester (x2 ces 10 dernières années, transports transcontinentaux émetteur de CO2, 10% des pesticides dans le monde sont utilisés pour le coton). Un jeans, c’est 8000L d’eau et jusqu’à 65000 km entre la récolte du coton et son arrivée dans les rayons des magasins !

Quelques avancées législatives et comment lutter contre l’OP

Dans le projet de loi sur l’économie circulaire, il est question d’introduire une note de réparabilité obligatoire des objets dès 2021. Elle devrait permettre au consommateur de savoir dans quelle mesure son achat est réparable mais celle-ci restera indiquée par les fabricants donc avec une transparence relativement limitée et questionnable. 

Favoriser la réparation, via des Repair Café, des forums de bricoleurs en ligne ou bien se renseigner pour acheter des produits durables avant un achat sont autant d’actes qui permettent de lutter contre l’OP. L’éco-conception peut aussi contribuer à améliorer les processus industriels afin de rendre les déchets moins nuisibles. Au-delà de ces moyens préventifs, il est nécessaire de dénoncer, via les réseaux sociaux notamment ou des sites internet spécialisés.

L’essentiel, au vu des enjeux environnementaux auxquels nous sommes confronté∙es, est pour chacun∙e de questionner sérieusement l’achat de produit neuf, sachant tout ce que cela implique. La véritable solution est celle de la décroissance. Réduire, voire annihiler, le taux de rotation des objets et les Ré-employer fait également partie des 5R (Refuser, réduire, réutiliser, recycler, composter) et s’inscrit donc dans une philosophie de vie et une prise de conscience de chaque individu en tant que consommateur∙rice.


EXTRAITS D'UN ARTICLE À LIRE DANS SON INTÉGRALITÉ SUR EDENI